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Histoire #1 - épisode 3

Dernière mise à jour : 12 avr.

Assis l’un à côté de l’autre sur cette banquette en cuir rouge, nous apprenons à faire connaissance et nos corps commencent à se rapprocher. Le corps. Il est important le corps dans une relation. Je te parle de la rencontre des corps, de l’intimité, de la sexualité. Là il n’est pas question de plastique mais d’alchimie. Je pense que tu es d’accord avec moi. Tu peux me le dire, ici nous sommes dans un espace safe. Pas de jugement, que de l’amour. Oui, tu as le droit d’aimer faire l’amour ou du sexe (je fais une différence entre les deux en fonction de l’implication du cœur ou pas mais je t’assure que les deux sont ok). Je pars du principe que tout est possible à partir du moment où les acteurs en présence sont d’accord sur le scénario.



Nos corps, donc, ont l’air de bien s’entendre. Il n’y a pas encore eu de contact. C’est une danse de séduction. Un tâtonnement. Un ajustement. Je sens une agréable tension entre nous. L’envie de se toucher et en même temps le délice de ne pas le faire. La nuit est tombée, nous sortons du café et marchons à nouveau dans les rues pavées du centre-ville. Il est clair que nous n’avons pas envie de nous quitter.

Sans que je ne vois son geste arriver, il passe son bras au-dessus de mon épaule et pose sa main sur ma nuque. Je me raidis. C’est infime mais je le sens. La surprise d’un contact que je n’ai pas vu arriver ? Oui, mais pas seulement. Cet homme ne le sait pas, cette façon de me tenir le cou, c’est ce que faisait mon père... Cela t’est déjà arrivé, des flashs comme celui-ci ? Freud me proposerait surement de m’allonger sur son divan pour explorer mon inconscient. Merci mon ami, cela fait déjà un paquet d’années que je suis sur le sujet et je commence à y voir clair.


Peut-être a-t-il senti ma réaction, il décale sa main sur mon épaule et me dit « c’est mieux comme ça ? » Je ressens un vague trouble que je mets sur le compte du souvenir de mon père. Mais ce n’est pas cela. Pas seulement. Maintenant je le comprends. C’est une histoire de timing -ça va trop vite- et d’autorisation. Cet homme a pris la liberté de « passer la seconde » sans mon accord. Oui nous sommes dans une rencontre à potentiel amoureux. Oui nous sommes dans la séduction. Oui il y a des sourires et de bonnes ondes qui circulent. A aucun moment je ne lui ai donné le feu vert pour qu’il me touche et me prenne par les épaules. Mais tout ça je n’en ai pas conscience sur le moment. Rappelle-toi que je suis noyée dans les brumes de la magie de la rencontre, sous le charme de cet homme au regard pénétrant.


Je me laisse porter. Je savoure la présence de ce corps rassurant à côté du mien. Il y a quelque chose de posé chez cet homme qui me fait du bien. Les années derrières lui font qu’il n’a plus rien à prouver. Il est là, présent à ce qu’il vit. Disponible. Il a envie de profiter de la vie et en l’occurrence ce soir, la vie, c’est avec moi.


Mais il fait froid et je ne suis pas assez couverte. Je ne sais plus qui a proposé l’idée. Lui, moi ? Celle que je change de tenue ou du moins me munisse d’un manteau avant que nous allions diner. Grelottante dans le vent froid, je ne pouvais qu’être d’accord. Que faire, comment s’organiser ? Nous sommes dans Bordeaux, j’habite en périphérie. Nous avons deux voitures garées chacune dans des parkings différents. J’ai l’impression de t’exposer un problème de maths du brevet des collèges de 1930, avec moult robinets à tourner et des vitesses de débit d’eau à calculer ! Et moi, les maths, ce n’est pas mon fort. Surtout que là je suis gelée, et mon cerveau aussi par la présence de cet homme à mes côtés. Il me propose de me conduire et de revenir à Bordeaux ensuite. Ça tourniquote dans ma tête. Dans un moment comme celui-là, j’aurai besoin de faire une pause. Respirer. Prendre du recul sur la situation. Évaluer toutes les options. Et ensuite prendre une décision sensée. Sauf que là, je ne l’ai pas, le temps. Je te rappelle que je suis en train de geler sur pieds ! Et lui continu à me proposer d’autres options. C’est trop d’infos, trop de possibilités. Je tranche !


Direction chez moi chacun dans sa voiture. Je préfère être autonome. J’ai beau être emballée, après tout, je ne connais cet homme que depuis quelques heures.

Nous allons d’abord à sa voiture garée à quelques pas.

Noire, élégante, racée.

J’aime les voitures. Sport. Vitesse. Esthétique. Je les aime à regarder et surtout à conduire. Alors oui, je suis sensible aux voitures que conduisent les hommes que je rencontre. Comme à leurs chaussures. Il y a beaucoup d’un l’homme dans ses chaussures. D’une femme aussi bien sûr. Le choix des chaussures pour un premier rendez-vous, un vrai sujet de thèse ! Je me souviens d’un amant qui avait nettoyé ses chaussures avant de partir de chez lui pour venir me rejoindre et à qui sa fille avait dit « Et c’est pour aller boire une bière avec tes potes que tu cires tes chaussures ? » Epinglé.


Il m’ouvre la portière, je me glisse à l’intérieur. Il allume le moteur pour mettre le chauffage et retourne à la caisse pour payer. Je sens que c’est naturel chez lui, ce soin, cette attention qu’il me porte. Et cela se confirmera. Nous avons cela en commun. L’élan de prendre soin.


Un petit détour par mon parking. Nos deux voitures se suivent dans la nuit. Je ralentis. Il roule moins vite que moi. Je ne voudrais pas le perdre tout de même. Nous arrivons au pied de mon immeuble. Il me propose de m’attendre dans sa voiture. Proposition galante que je trouve incongrue sur le moment. Je me vois mal le laisser en plan tout seul dans le froid. Je trouve naturel qu’il vienne avec moi. Je m’imagine l’installer dans mon salon, lui donner peut-être quelque chose à boire le temps que je passe une tenue adaptée à la saison. Note pour une prochaine fois : mettre un manteau dans ma voiture ! Car cela ne va pas se passer comme je l’imaginais. Lui, il s’est fait un tout autre scénario. Et il a surtout dû prendre ma proposition pour une invitation, une sorte de feu vert. Car 2 minutes après notre arrivée, il m’embrasse. Je ne vais pas jouer les vierges effarouchées. Vu comment les choses avançaient entre nous c’était la suite logique. Et pourtant.


Son corps est parcouru d’un léger tremblement, l’émotion surement. Le mien se tend. Nous jouons la même partition mais pas sur le même tempo.

  • Il fait quoi là ?

  • Il t’embrasse

  • D’accord ça j’ai bien compris. Mais pourquoi il se précipite comme ça sur moi, dans l’entrée ?

  • Mais tu pensais à quoi, Virginie, en l’invitant chez toi maintenant ? Tu ne le vois pas que c’est un message subliminal (écrit en grandes lettres lumineuses) que tu es « open » ?

  • Ben si maintenant je le vois ....

Je suis déçue. Déçue que cet homme qui me paraissait si raffiné, subtil, prévenant, attentif, agisse en ne prenant en compte que son envie. Et je suis surtout agacée après moi de m’être mise dans cette situation. Alors oui, il me plait. Je lui plais. Nos corps se plaisent. Mais ... ça va trop vite. Ça t’est déjà arrivé, des situations comme celles-là ? Je me doute de la réponse. Enfin, si tu es comme moi. Gourmande de la vie 🙈.


Comment est-il ce baiser ? En surface. Il m’embrasse comme du bout des lèvres. Il me touche comme du bout des doigts. C’est une image. Mais la sensation est bien celle-là. Il y a chez lui un mélange d’envie, d’empressement, presque d’avidité et en même temps une hésitation, une retenue, une forme d’attente. Et c’est ce que je vais découvrir et confirmer au fil des heures passées ensemble. Peu au final. Je te rappelle que cette histoire a duré 3 semaines. Trois semaines pendant lesquelles il y a eu de jolis moments, de la tendresse, de l’attention. Trois semaines pendant lesquelles j’ai pu collecter les pièces du puzzle et voir, bien avant de toutes les avoir, que l’image n’allait pas me convenir.


C’est une alchimie une relation. Il y a moi, il y a l’autre et il y a la relation. Et en même temps, j’en suis convaincue, et c’est comme ça que je le ressens, que chaque relation que je vis est un cadeau. Parfois mal emballé. Parfois même très mal emballé. Je sais que toi aussi tu as vécu des relations difficiles, dans lesquelles tu as souffert et que tu as peut-être du mal à voir le cadeau. Mais je t’assure, il est là.

Parfois on le voit tout de suite, parfois cela prend plus de temps, parfois cela demande même un regard extérieur.


J’imagine que tu as envie de savoir quel est le cadeau ici. Tout d’abord il y a eu beaucoup de tendresse et c’était une période pendant laquelle j’en avais besoin. Cet homme est sincère, fiable, présent et ça m’a fait du bien étant donné les « personnages » rencontrés précédemment mélangeant malhonnêteté et mythomanie. Tu peux constater que malgré ces rencontres hasardeuses, je continue à aimer les hommes. J’ai horreur des étiquettes. Je n’ai pas envie que l’on m’en colle alors j’évite d’en coller moi-même. Ça m’arrive de temps en temps, je ne suis qu’une humble mortelle. Mais de toi à moi, vraiment pas souvent. Et je ne mets pas non plus tous les hommes dans le même panier. Et surtout, surtout, je sais que chaque être humain fait ce qu’il peut. Alors oui j’ai été blessée, j’ai parfois souffert. Ok. Cela fait partie de mon chemin. J’ai aussi aimé et été aimée. Vécu des histoires magnifiques, des moments suspendus, des emballements du cœur, le corps en éveil.

Et je sais et je ne l’oublie pas, que moi aussi j’ai fait ce que j’ai pu. Et que mon comportement, mes décisions ont engendrées de la souffrance. Alors, humilité. Je suis en chemin, les hommes que je rencontre sont en chemin et pendant un temps nous avons, nous allons cheminer ensemble.


Quels sont les autres cadeaux cachés dans cette histoire ?

Une phrase. Moi, nichée dans ses bras. Moment de tendresse. Posée je suis. Je lui parle de ma vie. En une phrase, une question, il me remet là où j’en suis. Prise de conscience. Je pleure. Avec délicatesse il reste présent. Me tient dans ses bras. C’est exactement ce dont j’ai besoin. Rien que pour cette question, je suis pleinement heureuse de l’avoir rencontrée. Ça c’est un cadeau. Il y a aussi des enseignements. Des prises de conscience de moi à moi à travers lui.


Il m’a été conseillé, plusieurs fois, par des amis ou des lectures, de faire une pause. D’arrêter d’être en relation. De ménager du temps entre deux histoires. Pour quoi faire ? Moi, ce n’est pas ma façon d’être et de vivre. Moi je « travaille » la relation en étant en relation. Je ne suis pas une intellectuelle qui apprend tout dans les livres. Même si j’en lis, beaucoup, des livres. Je suis visuelle, intuitive, kinesthésique. J’ai besoin de voir et de ressentir par mon corps. J’avance en étant en relation. Et pour toi c’est comment ? Plutôt du genre à attendre de maîtriser parfaitement le sujet avant de te lancer ? ou à sauter dans le grand bain sans bouée ?


Cet homme, cette relation vécue avec lui m’a offert de comprendre de façon assez cash qu’il y a des valeurs qui sont essentielles pour moi et que si l’homme avec qui je suis en relation ne les partage pas alors rien n’est possible. Même si le charme, même si le sourire, même si, même si ...


Il y a l’honnêteté bien sûr, en premier.

Un homme que j’ai profondément aimé, d’un amour absolu, inconditionnel et impossible m’a dit un jour : « tu as un niveau d’honnêteté très élevé, tu as besoin d’un homme qui soit à ce même niveau et moi je ne le suis pas ». Je le revois en face de moi, assis sur ce tabouret orange dans ma cuisine. Il est calme. Il a compris, lui. Moi pas encore. Je l’aime comme j’aime mes enfants. D’un amour inconditionnel. Ce n’est pas comme ça que l’on aime un amant, un amour. Il a poussé mes limites jusqu’au bout. J’ai accepté l’inacceptable. Jusqu’au jour où blessée j’ai réussi à dire stop. Je l’ai aimé cet homme. Il reste dans mon cœur. J’ai découvert au fil des années et surtout grâce à mes enfants que le cœur est extensible. Il y a de la place en lui pour toutes les personnes que j’ai aimées, que j’aime, que j’aimerai.

Te rends tu comptes à quel point ce qu’il m’a dit est criant de sincérité ? Que lui n’était pas assez honnête pour être au niveau de mon honnêteté. Je questionne l’honnêteté depuis longtemps. J’ai même été un peu extrémiste sur le sujet. Et ce n’est donc pas un hasard si je me suis donné à vivre des personnes plus ou moins honnêtes voire totalement malhonnêtes.


Et puis il y a l’ouverture d’esprit.

Il y a quelques temps nous avons, avec mes enfants, fait cet exercice de dire à chacun ce que nous apprécions chez l’autre. Je te le conseille si tu as des enfants, c’est hyper savoureux. Mon fils m’a dit que ce qu’il aimait chez moi (entre autres !) c’est mon ouverture d’esprit. Bien sûr j’ai été touchée. Mon cœur a fait des bonds de gratitude et de joie pour cet enfant devenu homme qui m’aime et me connait si bien.


Définition de l’ouverture d’esprit : « Qualifie l'attitude d'une personne faisant preuve d'une grande tolérance, manifestant de l'intérêt, de la curiosité et de la compréhension pour les idées qui diffèrent en partie ou totalement des siennes. »


Je ne vais pas en rajouter, c’est parfait. Je pense avoir aujourd’hui une ouverture d’esprit qui me permet, au mieux, d’accueillir les êtres que je rencontre comme ils sont. Au minimum de me dire que chacun a le droit d’être comme il est, comme il a envie, comme il peut et que c’est ok. Couleurs, sexes, âges, idées, chaque humanité s’exprime comme elle peut. Et qui je suis, moi pour poser un jugement dessus. Alors être en relation avec un homme qui juge, qui condamne, qui pose le bien et le mal, ce n’est pas possible. Pas possible.

Et si ce n’est pas possible, alors stop ! Inutile de faire trainer. Je n’ai pas besoin d’un homme à tout prix. J’ai envie d’un homme dans ma vie. Nuance. Et tant qu’à faire, que la relation soit belle.

Belle comme cette après-midi passée à faire du shopping dans les rues de Boston pendant l’été 1992. Je suis venue y séjourner afin de parfaire mon anglais, m’éloignant de Paris et de l’homme qui m’a brisé le cœur quelques mois plus tôt. Je m’imaginais me marier avec lui. Il était déjà dans les bras d’une autre.

Les cours de la journée sont terminés, j’ai l’après-midi devant moi. J’en profite pour marcher dans les rues de cette ville que j’aime découvrir seule, au fil de mes pas. Je repère une boutique de chaussures. Une paire me fait de l’œil en vitrine. Des boots style santiag. Cuir marron, talon biseauté. Elles me plaisent, j’entre. Le vendeur se tourne vers moi, le bleu de ses yeux est un océan dans lequel je plonge …

💛 🧡 ❤️


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J'écris et offre mes histoires avec le coeur 😊

Virginie


Photo de thevibrantmachine provenant de Pexels

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